
Le trauma et le corps : pourquoi votre corps retient ce que vous voulez oublier
Comme psychiatre, je l'entends souvent : « Rationnellement, je sais que c'est fini, mais mon corps ne le croit pas. » C'est exactement de cela qu'il s'agit dans le trauma. Les expériences bouleversantes ne se logent pas seulement dans vos pensées, mais dans votre corps, dans un système d'alarme qui refuse de s'éteindre. Dans cet article, j'explique comment cela fonctionne, pourquoi « simplement en parler » ne suffit pas toujours, et ce qui aide réellement.
Le trauma ne loge pas seulement dans votre tête
Quand on pense au trauma, on pense souvent aux souvenirs : des images qui reviennent, des pensées qui tournent. Mais qui travaille avec des personnes traumatisées voit que le corps joue un rôle au moins aussi grand. Un pouls qui s'emballe, un corps qui se raidit, une nausée inexplicable ; bref : le corps réagit comme si le danger était toujours là.
Cela vient du fait qu'une expérience bouleversante n'est pas rangée « proprement » comme un souvenir ordinaire portant l'étiquette « passé ». Elle reste pour ainsi dire à vif et active, avec tous les signaux d'alarme corporels qui s'y rattachent. Vous savez que c'est fini, mais votre système nerveux n'a pas encore traité ce message.
Cette prise de conscience ôte beaucoup de honte. Vos réactions corporelles « excessives » ne sont ni de la comédie ni de la faiblesse ; c'est un corps qui a appris à rester sur ses gardes. Reconnaissez-vous que votre corps réagit parfois avant même que vous compreniez pourquoi ?
Le système d'alarme qui reste allumé
Face au danger, votre système nerveux autonome bascule à toute vitesse en mode survie : combattre, fuir, ou, si aucun des deux n'est possible, se figer. Votre pouls et votre respiration s'accélèrent, vos muscles se tendent, votre attention se resserre sur la menace. Extraordinairement utile sur le moment.
Dans le trauma, ce système reste pour ainsi dire « allumé ». Même longtemps après que le danger a disparu, votre corps réagit à des souvenirs, des sons, des odeurs ou des situations comme si cela se reproduisait. Une porte qui claque, un certain ton, une foule, et votre corps se remet dans les starting-blocks.
Cela explique pourquoi les personnes traumatisées sont souvent irritables, sursautent facilement ou restent constamment tendues, et dorment mal. Ce n'est pas un caractère ; c'est un système de survie qui ne sait plus que la guerre est finie.
Trop ou trop peu : la fenêtre de tolérance
Les thérapeutes utilisent souvent l'image de la « fenêtre de tolérance » (window of tolerance) : la zone où la tension est supportable et où vous pouvez penser et ressentir clairement. À l'intérieur de cette fenêtre, vous pouvez élaborer, apprendre et être en lien.
Le trauma vous pousse facilement hors de cette fenêtre. Si vous passez au-dessus, vous entrez en hyperactivation : hypervigilant, paniqué, en colère, le cœur qui cogne, incapable de rester assis. Si vous tombez en dessous, vous atterrissez en hypoactivation : engourdi, vide, absent, comme si vous n'étiez plus tout à fait présent (dissociation). Les deux sont des façons dont votre système tente de se protéger du débordement.
Un objectif important du traitement du trauma est de vous aider à rester plus souvent dans cette fenêtre, ou à y revenir plus vite. Ce n'est qu'à l'intérieur de cette fenêtre qu'une véritable élaboration peut avoir lieu ; en dehors, votre système passe en mode survie et apprendre devient presque impossible.
Des plaintes physiques sans cause claire
Comme le trauma loge dans le corps, il s'exprime aussi souvent physiquement. Fatigue chronique, maux de tête, douleurs et tensions musculaires, troubles digestifs, palpitations, sensation d'oppression dans la poitrine. Certaines personnes consultent des médecins pendant des années sans qu'une cause physique soit trouvée.
Ce « on n'a rien trouvé » ne signifie pas que c'est dans la tête au sens dévalorisant. Cela signifie que la cause peut se situer plus profondément, dans un système de stress chroniquement surchargé. Corps et esprit ne sont pas des services séparés ; une tension dont on ne peut se défaire trouve souvent une issue dans le corps.
Ce lien est encore trop souvent manqué. Si vous lisez ceci et pensez « c'est peut-être mon cas », cela vaut la peine d'être exploré, en tenant compte à la fois de votre histoire et de vos plaintes physiques.
Pourquoi « en parler » ne suffit parfois pas
Parler de ce que vous avez vécu peut être guérisseur, mais dans le trauma c'est parfois précisément là que cela bloque. La partie de votre cerveau qui a stocké l'expérience débordante n'est pas la partie verbale et raisonnante. Vous pouvez donc savoir parfaitement que c'est fini, et ressentir tout le contraire avec tout votre corps.
Parfois, raconter sans fin dans le détail aggrave même les choses, car vous réactivez ainsi l'alarme sans l'élaborer. C'est pourquoi, dans le trauma, les méthodes qui agissent à un autre niveau que celui des seuls mots fonctionnent particulièrement bien.
Ce n'est pas un plaidoyer contre la parole, mais une nuance : dans le trauma, il faut souvent davantage qu'un bon entretien. Il faut aider le système nerveux lui-même à revenir au calme.
Ce qui aide : traiter aussi le corps
Un traitement efficace du trauma vise donc à la fois l'élaboration et la régulation du système nerveux. Des méthodes éprouvées centrées sur le trauma, comme l'EMDR et la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma, aident à réduire la charge des souvenirs, afin que votre corps apprenne que le danger est passé. (Nous avons consacré un article distinct à l'EMDR.)
En outre, le corps reçoit un rôle actif. Des compétences pour vous apaiser — la respiration, l'ancrage, ramener votre attention à l'ici et maintenant — et parfois des thérapies à médiation corporelle vous aident à rester dans votre fenêtre de tolérance. Le traitement commence souvent par cette stabilisation, avant d'aborder les souvenirs les plus lourds.
Cette construction n'est pas du temps perdu : c'est ce qui rend l'élaboration supportable et sûre.
Apprendre à apaiser soi-même son système
En dehors du traitement aussi, vous pouvez aider votre corps. Une expiration calme et allongée donne à votre système nerveux le signal qu'il est en sécurité. L'ancrage aide : sentez vos pieds sur le sol, nommez ce que vous voyez et entendez, tenez quelque chose de froid, ramenez-vous au présent quand un souvenir vous emporte.
Le mouvement, le rythme et un sommeil suffisant ne sont pas accessoires dans le trauma ; ils aident un système surchargé à sortir du régime maximal. Et la sécurité et le lien avec des personnes de confiance sont peut-être les apaisants les plus puissants que nous connaissions : notre système nerveux se calme en bonne compagnie.
Ces compétences ne résolvent pas le trauma, mais elles vous redonnent prise pendant que vous y travaillez. Quelle petite manière de vous apaiser pourriez-vous essayer aujourd'hui ?
Le trauma et votre parcours
La façon dont un trauma survient, dont il s'exprime et dont on peut en parler est liée à votre langue, votre culture et votre histoire de vie. Dans certains univers de vie, un grand tabou pèse dessus, ou les plaintes sont surtout formulées en termes corporels. Ce qui semble sûr ou menaçant diffère d'une personne à l'autre.
C'est pourquoi nous traitons le trauma dans une approche culturellement sensible et, autant que possible, dans votre propre langue. Précisément pour des expériences où les mots manquent, il fait une différence que votre praticien comprenne votre monde et pressente ce qui reste tu.
Votre corps porte-t-il encore les traces de quelque chose que vous préféreriez oublier ? Sachez alors que cela s'explique et se traite. Vous n'avez pas à le démêler vous-même avant de vous signaler ; nous le ferons ensemble.
Sources
- Traumanet — PTSS-symptomen herkennen
- NTVG — De posttraumatische stressstoornis
- Vereniging EMDR Nederland — traumabehandeling en zorgstandaard
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis personnel d'un professionnel de santé. Vous avez un doute ou des questions sur votre propre situation ? Contactez-nous sans hésiter.
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