
Attendre de l'aide : que faire pendant le délai d'attente en santé mentale
Comme infirmière spécialisée, je parle chaque jour à des personnes qui ont fait le pas, raconté leur histoire, et s'entendent dire : « nous vous inscrivons sur la liste d'attente ». C'est un sale moment. Vous avez enfin trouvé le courage, et il faut attendre. En plus de quinze ans de soins, j'ai vu combien cette période peut être lourde, mais aussi tout ce que vous pouvez y faire vous-même. Cet article récapitule vos droits et ce que vous pouvez entreprendre concrètement pendant l'attente, pour qu'attendre ne revienne pas à être à l'arrêt.
Combien de temps est « normal » ? La Treeknorm expliquée
Aux Pays-Bas, il existe des accords sur la durée maximale d'attente : les Treeknormen. Pour la santé mentale : au maximum 4 semaines entre votre inscription et l'entretien d'admission, au maximum 10 semaines entre l'admission et le début du traitement, et au maximum 14 semaines au total. Ce ne sont pas des objectifs indicatifs, mais des plafonds convenus au niveau national.
La réalité est malheureusement plus rétive. L'Autorité néerlandaise de santé (NZa) signalait début 2026 qu'une grande partie des personnes inscrites sur une liste d'attente en santé mentale attend plus longtemps que ces normes ne l'autorisent. Important à savoir : un nombre frappant de personnes ignorent qu'elles peuvent agir face à ce dépassement. Vous, désormais, vous le saurez.
Demandez-vous : savez-vous au juste quand votre inscription est arrivée, et combien de semaines se sont écoulées depuis ? Ce relevé de dates est votre point de départ, car il détermine si une norme est dépassée.
Votre droit : demandez une médiation sur le délai d'attente
C'est le point le plus important de tout cet article. Votre assureur a ce qu'on appelle un devoir de soins. Cela signifie qu'il est légalement tenu de vous aider à obtenir des soins en temps utile. La médiation sur les délais d'attente en est l'instrument concret.
Comment cela fonctionne ? Vous appelez ou écrivez au service de médiation de votre assureur, vous expliquez ce que vous attendez et depuis combien de temps, et il cherche pour vous un prestataire au délai plus court. Cela ne vous coûte rien et ne change rien à votre franchise ni à votre remboursement. L'organisation de consommateurs Consumentenbond encourage activement les personnes en attente à y recourir, précisément parce que très peu le font.
Beaucoup hésitent, en se disant « je ne veux pas déranger » ou « je risque de passer à la trappe ». C'est exactement l'erreur de raisonnement à ne pas commettre ici. Vous ne demandez pas une faveur ; vous exercez un droit. Qu'est-ce qui vous retient, en ce moment, de passer ce coup de fil ?
Restez suivi par votre médecin et le POH-GGZ
Attendre ne signifie pas être seul. Votre médecin généraliste et l'infirmier d'appui en santé mentale (POH-GGZ) peuvent vous soutenir pendant l'attente, garder un œil sur votre état et, si nécessaire, faire monter le dossier. Prenez rendez-vous sans hésiter avec ce message : « je suis sur liste d'attente et j'aimerais que quelqu'un suive comment je vais ».
Ce n'est pas un luxe superflu. Les symptômes peuvent s'aggraver pendant l'attente, et c'est précisément alors qu'il importe que quelqu'un le voie. Si cela s'intensifie, votre médecin peut réévaluer l'urgence, organiser un contact-relais ou réfléchir à un soutien temporaire.
Passez avec vous-même un accord simple : si je constate que cela part dans la mauvaise direction, j'appelle mon médecin au lieu de prendre sur moi. Attendre n'est pas une raison d'ignorer des signaux.
Prenez soin de vous, par petites étapes réalisables
Je suis prudente avec les conseils du type « allez donc marcher », car quand on est bloqué cela sonne parfois comme une insulte. Le fond reste pourtant juste : c'est précisément dans une période incertaine qu'il aide de tenir quelques ancrages. Non pour « guérir », mais pour tenir debout jusqu'au début du traitement.
Pensez à un rythme quotidien prévisible (se lever et se coucher à heure fixe, même dans une semaine vide), un peu de mouvement, et du contact avec des personnes de confiance. Le mouvement et la lumière du jour ont un effet favorable démontré, quoique modeste, sur l'humeur et la tension. Cela n'a rien de grandiose : dix minutes dehors, c'est plus que zéro minute dehors.
Essayez aussi d'ajuster honnêtement vos attentes. Le but de cette période n'est pas de « guérir tout seul », mais de « tenir jusqu'à ce que ce soit votre tour ». C'est un objectif très différent, et bien plus atteignable. Quelle petite habitude vous donnerait, à vous, un point d'appui cette semaine ?
Brisez l'isolement : parlez-en
L'attente se vit souvent en silence, et le silence alourdit les symptômes. Dites à quelqu'un de votre entourage que vous êtes sur liste d'attente et ce que cela vous fait. Ce n'est pas forcément un long récit ; parfois « j'ai cherché de l'aide et j'attends maintenant, c'est assez lourd » suffit à se sentir moins seul.
Il existe aussi des lieux accessibles où déposer votre histoire pendant l'attente. L'association de patients MIND propose information et soutien, et il existe des lignes d'écoute par téléphone et en ligne. Un groupe d'entraide ou une personne ayant vécu la même chose peut apporter étonnamment beaucoup à ce stade.
Il arrive que ce soient les proches qui lisent ceci. Vous êtes ce proche ? Ne demandez pas seulement « tu as des nouvelles ? », mais aussi « comment tu vas, là, maintenant ? ». Rester présent pendant l'attente est peut-être ce que vous pouvez faire de plus précieux.
Quand est-ce plus qu'une attente ? En cas de crise
La médiation sur les délais et l'attention à soi concernent la période d'attente ordinaire. Mais si vraiment cela ne va plus, une autre règle s'applique. Si vous avez des pensées noires aiguës, ou le sentiment que vous pourriez vous faire du mal ou en faire à autrui, n'attendez pas votre admission.
En journée, appelez directement votre propre médecin généraliste et, en dehors des heures de bureau, le service de garde ; ils peuvent mobiliser en urgence l'équipe de crise. Si vous pensez au suicide, vous pouvez joindre jour et nuit 113 Zelfmoordpreventie, par téléphone au 0800-0113 ou par le chat sur 113.nl. Là se trouve quelqu'un qui écoute, précisément dans les moments où tout devient trop.
Retenez ceci : la liste d'attente concerne les soins programmables. Une crise sort de ce cadre, et il existe pour elle d'autres voies, plus rapides. Vous n'avez jamais à « mettre de côté » une urgence jusqu'à ce que votre tour arrive.
Préparez votre appel : une petite liste
Que vous appeliez le service de médiation de votre assureur ou que vous contactiez un prestataire, cela aide beaucoup d'avoir quelques éléments sous la main. L'entretien est plus court et vous évitez de devoir rappeler ensuite.
Pratique à préparer : la date à laquelle vous vous êtes inscrit et auprès de quel prestataire, votre numéro de police d'assurance santé, et une brève description de ce que vous attendez (admission ou traitement). Réfléchissez aussi à l'avance à la distance que vous êtes prêt à parcourir et à votre ouverture à un traitement (partiellement) en ligne, car cela augmente sensiblement vos chances d'une place plus rapide.
Notez enfin ce que vous voulez demander, par exemple : « Quel est actuellement le délai le plus court que vous pouvez me trouver ? » Avec ces quelques notes, vous êtes en meilleure position, justement à un moment où la tête n'est pas toujours claire. Que mettriez-vous en premier sur cette liste ?
Options-relais : du POH-GGZ à l'auto-assistance fiable
Entre l'inscription et le traitement, il y a souvent un vide, mais ce vide n'a pas à être totalement vide. L'infirmier d'appui en santé mentale (POH-GGZ) de votre cabinet peut parfois proposer des entretiens-relais : pas un traitement complet, mais un endroit où déposer votre histoire et recevoir des repères.
Il existe par ailleurs de l'auto-assistance fiable. Sur Thuisarts.nl, vous trouverez des informations claires, validées par des médecins, et des exercices pour des difficultés fréquentes comme la tristesse, l'anxiété et les troubles du sommeil. Il existe aussi des programmes et applications d'auto-assistance reconnus. Important : voyez-les comme un soutien pour le chemin, pas comme un substitut au traitement. En cas de symptômes graves ou croissants, une aide professionnelle reste nécessaire.
Le contact avec des personnes vivant la même chose peut également apporter beaucoup à ce stade. L'idée que vous n'êtes pas le seul à lutter, et entendre comment d'autres ont tenu, enlève souvent un peu de tranchant à la solitude.
Le versant psychique de l'attente
Nous parlons surtout du côté pratique, mais l'attente elle-même vous fait quelque chose. L'incertitude (encore combien de temps ?), le sentiment d'être « en pause », et parfois la pensée silencieuse que vous n'êtes visiblement pas assez urgent : cela peut décourager. Sachez que ces sentiments sont normaux et ne disent rien de la gravité de vos difficultés.
Ce qui aide, c'est de rendre l'attente aussi petite que possible dans votre tête. Non pas « il me reste des mois » (une montagne que personne ne peut gravir), mais « je passe cette semaine, et celle-ci ». Et donnez un sens à l'attente : ce n'est pas du temps perdu, c'est l'élan vers une aide qui arrive.
Vous constatez que l'espoir s'effondre et que les pensées s'assombrissent ? Alertez alors votre médecin généraliste. Attendre un traitement ne doit jamais signifier être laissé à son sort entre-temps.
Question fréquente : puis-je m'inscrire chez plusieurs prestataires ?
Oui, c'est possible, et c'est une manière compréhensible d'augmenter vos chances de démarrer plus tôt. Tenez cependant compte du fait qu'il vous faut une orientation valide et que, dès que vous commencez réellement quelque part, vous retirez proprement les autres inscriptions. Vous gardez ainsi les listes d'attente justes pour celles et ceux qui attendent encore.
Vous vous demandez ce qui est sage dans votre situation ? Votre médecin généraliste ou le médiateur de votre assureur peuvent vous conseiller. Vous n'avez pas à démêler tout cela seul ; ces voies existent précisément pour cela.
Le traitement en ligne : une vraie option, pas un pis-aller
Qui s'ouvre à un traitement (partiellement) en ligne augmente souvent nettement ses chances de démarrer plus tôt. Mais ne voyez surtout pas la visioconsultation comme une solution au rabais qu'il faudrait « accepter » faute de mieux. Pour de nombreuses difficultés, le traitement en ligne est aussi efficace qu'en présentiel, à condition d'être mené avec soin.
Il a parfois même des avantages. Vous économisez du temps de trajet, vous pouvez parler depuis un environnement familier, et il devient plus facile de trouver un praticien qui parle votre langue, même s'il n'exerce pas à côté de chez vous. C'est précisément ce dernier point qui peut faire la différence pour des soins adaptés et culturellement sensibles.
Bien sûr, cela ne convient pas à tout le monde ni à chaque difficulté ; le contact physique est parfois préférable. Mais cela vaut la peine d'y réfléchir, surtout si cela vous mène plus vite à de l'aide. Le traitement en ligne abaisserait-il un seuil pour vous, ou en dresserait-il plutôt un nouveau ?
Sources
- Nederlandse Zorgautoriteit (NZa) — wachttijden ggz blijven lang
- Consumentenbond — gebruik wachttijdbemiddeling in de ggz
- MIND — informatie en steun bij psychische klachten
- Thuisarts.nl — betrouwbare informatie en zelfhulp bij psychische klachten
- 113 Zelfmoordpreventie — 0800-0113 (dag en nacht)
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis personnel d'un professionnel de santé. Vous avez un doute ou des questions sur votre propre situation ? Contactez-nous sans hésiter.
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