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Notre approche · 10 mars 2026 · 10 min de lecture
Écrit par un(e) Psychologue d'AndersGGZ

Honte et stigmatisation : le seuil silencieux vers l'aide

Comme psychologue, je vois souvent que les gens ne se bloquent pas sur leur symptôme, mais sur la honte qu'ils en éprouvent. « Que vont-ils penser de moi ? » retient plus de personnes hors du cabinet que le trouble lui-même. Dans cet article, je veux rendre visible ce seuil silencieux : comment fonctionne la stigmatisation, pourquoi elle peut peser encore plus lourd au sein de la famille et de la culture, et surtout comment briser le silence.

Ce qu'est réellement la stigmatisation

La stigmatisation est une marque négative : l'idée qu'il y aurait quelque chose « qui ne va pas » chez les personnes ayant des troubles psychiques, qu'elles seraient faibles, dangereuses ou peu fiables. Ces préjugés vivent dans la société, souvent par méconnaissance, et ils sont tenaces, même s'ils sont largement faux.

On distingue grossièrement deux formes. La stigmatisation publique, ce sont les jugements du monde extérieur. L'auto-stigmatisation, c'est ce qui se passe quand vous commencez à croire ces jugements à votre sujet : « je suis effectivement faible, c'est ma faute, je ne vaux rien ». C'est justement cette seconde forme qui est souvent la plus paralysante.

Car au jugement public on peut parfois échapper, mais le jugement que vous portez sur vous-même, vous l'emportez partout. Reconnaissez-vous cette voix sévère qui dit que vous ne devriez pas en faire tout un plat ?

Comment l'auto-stigmatisation relève le seuil

L'auto-stigmatisation fonctionne comme une double charge. Par-dessus vos symptômes vient le jugement selon lequel vous ne devriez pas les avoir. Vous ne vous sentez pas seulement anxieux ou triste, mais en plus honteux et coupable de l'être. Deux poids au lieu d'un.

Cela a des conséquences directes. Les personnes fortement auto-stigmatisées repoussent la demande d'aide ou n'en cherchent pas du tout, se replient, et cachent comment elles vont réellement. Elles luttent ainsi seules bien plus longtemps que nécessaire, alors qu'une aide existe.

L'ironie douloureuse : la honte souffle qu'il faut s'en sortir seul pour prouver qu'on n'est pas faible, alors que c'est précisément ce fait de rester seul qui aggrave les symptômes. Demander de l'aide n'est pas une capitulation ; c'est l'une des choses les plus courageuses et les plus sensées que vous puissiez faire.

Le tabou au sein de la famille et de la culture

La honte n'est jamais détachée du monde dans lequel vous avez grandi. Dans certaines familles et communautés, un grand tabou pèse sur les troubles psychiques. Parfois par peur des ragots ou de perdre la face, parfois parce qu'il n'existe tout simplement pas de mots pour cela, parfois parce que « tenir bon » et « ne pas se plaindre » sont considérés comme des vertus.

S'y ajoute la crainte de déshonorer non seulement vous-même, mais toute votre famille. « Que vont dire les gens ? » n'est alors pas une broutille, mais une charge sociale réelle. Dans une communauté où l'honneur et les liens mutuels pèsent lourd, cela peut rendre la démarche encore plus difficile.

Ce n'est pas un reproche adressé à ces cultures ; chaque communauté a ses propres sensibilités. Mais cela montre bien pourquoi « simplement chercher de l'aide » est beaucoup plus lourd pour les uns que pour les autres. Et c'est exactement pour cela que des soins culturellement sensibles, des soins qui comprennent votre contexte, comptent tant.

Le prix du silence

Se taire semble sûr, mais cela a un prix. Celui qui cache ses symptômes cherche de l'aide plus tard ou pas du tout, s'isole, et passe à côté du soutien qui aurait pu faire la différence. Les troubles qui couvent en silence s'améliorent rarement d'eux-mêmes ; le plus souvent, ils grandissent.

De plus, le silence entretient la stigmatisation elle-même. Tant que personne n'en parle, on a l'impression que cela n'arrive presque à personne, alors que les troubles psychiques sont extrêmement courants. Presque tout le monde y est confronté un jour, chez soi ou dans son entourage proche.

Chaque fois que quelqu'un brise le silence, le seuil s'abaisse un peu pour le suivant. Parler n'est donc pas seulement bon pour vous, c'est aussi un petit cadeau à toute autre personne qui lutte.

Les troubles psychiques ne sont pas un défaut de caractère

Corrigeons un malentendu tenace : une dépression, un trouble anxieux ou un traumatisme ne sont pas le signe d'un caractère faible, d'un manque de volonté ou d'un échec. Ce sont des affections, aux causes biologiques, psychologiques et sociales, qui peuvent arriver à n'importe qui, y compris à des personnes fortes, brillantes et attentionnées.

Vous ne reprocheriez pas non plus à quelqu'un atteint de diabète ou avec une jambe cassée d'en faire trop. Pour les troubles psychiques, cela arrive encore trop souvent, et le pire est que nous nous le reprochons à nous-mêmes. Ce jugement est non seulement injuste, il entrave activement le rétablissement.

Essayez d'entendre le langage que vous employez envers vous-même comme s'il s'agissait d'un bon ami. Lui diriez-vous « n'en fais pas tout un plat » ? Probablement pas. Vous méritez la même indulgence.

Comment briser la honte

Briser la honte commence petit : en le disant une fois à voix haute, à une seule personne sûre. Quelqu'un en qui vous avez confiance, un ami, un membre de la famille, votre médecin généraliste. Vous n'avez pas à raconter toute votre histoire d'un coup ; « en fait, ça ne va pas très bien » suffit pour commencer.

Souvent, la réaction redoutée est bien moins grave que prévu. Beaucoup répondent avec soulagement et reconnaissance (« je pensais être le seul »), ou racontent leur propre lutte. Et si quelqu'un réagit malgré tout sans compréhension, cela en dit plus sur sa méconnaissance que sur vous.

Il est utile aussi de vous rappeler que chercher de l'aide est confidentiel. Les professionnels sont tenus au secret ; ce que vous partagez reste entre les murs du cabinet. Vous pouvez donc vous exercer à parler dans un cadre conçu pour être sûr.

Comment nous essayons d'abaisser ce seuil

Chez AndersGGZ, nous sommes très conscients de ce seuil silencieux. C'est pourquoi nous travaillons de manière culturellement sensible et, autant que possible, dans votre propre langue, associons vos proches si vous le souhaitez, et tentons de créer une atmosphère dans laquelle vous n'avez pas à expliquer ni à défendre qui vous êtes ou d'où vous venez.

Car se sentir vu dans tout son contexte, y compris son parcours et la honte qui peut l'accompagner, n'est pas un détail. C'est souvent exactement ce dont quelqu'un a besoin pour oser faire le pas et pour rester.

Vous hésitez depuis un moment à chercher de l'aide, et la honte vous retient ? Alors c'est peut-être votre signe. Un premier entretien ne vous engage à rien, sinon à briser le silence. Et c'est souvent la partie la plus difficile, et la plus importante.

Sources

Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis personnel d'un professionnel de santé. Vous avez un doute ou des questions sur votre propre situation ? Contactez-nous sans hésiter.

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