
Deuil et perte : il n'existe pas de mode d'emploi du chagrin
Comme psychologue de santé, je me trouve souvent face à des personnes qui, en plus de leur chagrin, doutent de le vivre « correctement ». « Ne devrais-je pas avoir tourné la page ? » Cette question en dit long sur les mythes qui entourent le deuil. En plus de quinze ans, j'ai appris que le chagrin n'a ni mode d'emploi ni date de fin. Dans cet article, je veux enlever cette pression et montrer ce qu'est le deuil, ce qui aide, et quand il est sage de chercher du soutien.
Le mythe tenace des phases fixes
Presque tout le monde connaît l'idée des « cinq phases du deuil » : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Cela paraît clair, mais c'est largement un malentendu. Le modèle d'origine décrivait comment des personnes affrontent leur propre mort prochaine, pas comment les proches font leur deuil, et certainement pas comme un plan d'étapes fixe.
En réalité, le deuil n'a ni ordre fixe, ni durée fixe, ni point final fixe. Un jour vous vous sentez à peu près bien, le lendemain le chagrin vous assaille de nouveau de toute sa force, souvent aux moments les plus inattendus. Ce n'est pas le signe que vous « rechutez » ou que vous vous y prenez mal ; le deuil, c'est simplement cela.
L'idée de phases bien rangées ajoute parfois de la souffrance : le sentiment d'être « en retard » ou coincé quelque part. Lâchez cette mesure. Il n'existe pas de schéma auquel votre chagrin devrait se conformer. Vous ressentez cette pression du « je devrais être plus loin » ? Vous pouvez la poser.
Le deuil a de nombreux visages
Le deuil est bien plus large que les larmes et la tristesse. Les gens éprouvent de l'incrédulité, du déni, de la colère (contre la situation, contre d'autres, parfois contre la personne décédée), de la culpabilité pour ce qui a été dit ou non, du soulagement après une longue maladie, et des périodes d'engourdissement où l'on ne ressent presque rien.
Toutes ces réactions en font partie, y compris celles dont vous avez peut-être honte. Ressentir de la colère ne signifie pas que vous n'aimiez pas ; ressentir du soulagement ne signifie pas que vous ne regrettez pas la perte. Le deuil n'est pas un chagrin pur, c'est un enchevêtrement de sentiments contradictoires, et c'est normal.
Beaucoup sont soulagés de l'entendre. « J'ai donc le droit de ressentir cela ? » Oui. Il n'existe pas de mauvaise façon de faire son deuil, et il n'existe aucun sentiment auquel vous n'auriez pas droit.
Le chagrin loge aussi dans votre corps
Le deuil n'est pas seulement une émotion, c'est une expérience corporelle. Les gens rapportent de la fatigue, une oppression dans la poitrine, une boule dans la gorge, des troubles du sommeil, une absence ou au contraire un excès d'appétit, et une sorte de vide gris qui les rend lents et sans ressort. Certains deviennent plus sensibles aux maladies.
Ce n'est pas de la comédie ; une perte est une expérience de stress profonde, et votre corps y réagit. Il est utile de le savoir, pour ne pas interpréter ces signaux comme « encore un nouveau problème », mais comme faisant partie du deuil.
C'est justement pour cela que prendre soin de son corps pendant le deuil est important, si peu d'envie que vous en ayez : manger un peu, bouger un peu, un peu de rythme. Non pour effacer le chagrin, mais pour vous donner la force de le porter.
On fait le deuil de bien plus que de la mort
Nous associons généralement le deuil au décès, mais on peut faire le deuil de bien d'autres choses. La fin d'une relation, la perte d'un emploi, de la santé, d'un avenir que l'on s'était imaginé, de son pays ou de sa vie familière après un bouleversement : ce sont aussi des pertes réelles qui provoquent un vrai chagrin.
Ces formes de deuil ne sont souvent pas reconnues comme telles, par l'entourage et parfois par soi-même. « Ce n'était qu'un travail », « vous n'étiez même pas mariés ». Cette invisibilité rend les choses solitaires, car votre chagrin ne reçoit pas de place.
Vous reconnaissez un chagrin lié à une perte qui n'a pas eu d'enterrement ? Sachez alors qu'il a le droit d'exister. Une perte n'a pas besoin d'être reconnue par d'autres pour être bouleversante pour vous.
Ce qui aide : laisser venir et continuer d'avancer
La pensée actuelle sur le deuil ne parle pas de « traverser des phases », mais d'une sorte de va-et-vient : entre laisser venir le chagrin (ressentir, se souvenir, manquer) et se tourner de nouveau vers la vie qui continue (les affaires pratiques, les contacts, de nouvelles routines). Les deux sont nécessaires ; vous n'avez pas à rester toute la journée dans votre chagrin, et vous n'avez pas non plus à le repousser.
Parler aide beaucoup de personnes, non pour résoudre, mais pour porter. Avec des proches, avec des personnes vivant la même chose, ou avec un professionnel. D'autres trouvent du soutien dans l'écriture, dans des rituels, dans la nature. Il n'y a pas de bonne méthode ; il s'agit de ce qui vous donne de l'espace.
Et donnez-y du temps, bien plus de temps que l'entourage ne l'attend souvent. Le chagrin ne s'use pas sur commande. Ce qui change, c'est que vous apprenez lentement à vivre autour de lui ; la perte ne devient pas plus petite, votre vie autour devient plus grande.
Pour les proches : être présent suffit
Les gens ne savent souvent pas quoi dire à une personne en deuil, et se taisent alors par peur de dire ce qu'il ne faut pas. Mais ce silence est souvent vécu par la personne endeuillée comme un abandon. Vous n'avez pas besoin de paroles sages ; être présent est la chose la plus importante que vous puissiez faire.
Évitez les formules toutes faites, bien intentionnées, du type « il est dans un monde meilleur » ou « il faut regarder devant ». Dites plutôt honnêtement : « je ne sais pas quoi dire, mais je suis là pour toi ». Posez des questions sur la personne disparue ou sur la perte ; la plupart des endeuillés apprécient justement d'en parler.
Et continuez de venir, même après des semaines et des mois, quand la plupart ont décroché et que les cartes ont cessé d'arriver. C'est précisément alors, quand le silence tombe, que votre présence compte le plus.
Quand le deuil s'enlise
Le deuil n'est pas une maladie ; c'est une réaction saine, quoique douloureuse, à une perte. Mais il s'enlise parfois. On parle de deuil prolongé ou compliqué lorsque, après un temps assez long (généralement plus d'un an), le chagrin reste envahissant sans faiblir, lorsque vous êtes complètement bloqué dans votre fonctionnement quotidien, ou lorsque vous vous isolez de plus en plus.
Signes qu'une aide est sage : vous n'avancez plus du tout, vous évitez tout ce qui rappelle la perte (ou au contraire vous ne pensez plus à rien d'autre), vous recourez à l'alcool ou à des substances pour le supporter, ou des pensées sombres ou désespérées persistent. En cas de pensées d'en finir : appelez votre médecin généraliste ou, jour et nuit, le 113 (0800-0113).
Vous vous demandez si votre deuil est encore « normal » ? Cette question est déjà une bonne raison d'en parler à votre médecin. Une aide dans le deuil n'est pas le signe que vous échouez à être triste, mais un soutien pour pouvoir le porter.
Sources
- Thuisarts.nl — Ik ben in rouw
- Hersenstichting — Verlies, verwerking en rouw
- 113 Zelfmoordpreventie — 0800-0113 (dag en nacht)
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis personnel d'un professionnel de santé. Vous avez un doute ou des questions sur votre propre situation ? Contactez-nous sans hésiter.
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